Clotilde : Peux-tu te présenter (qui es-tu, quel est ton rôle au sein du campement…) ?
Céline : Je suis Céline Wienhold, la coordinatrice de la pépinière Le Campement. Au quotidien, je suis responsable de l’organisation globale de la structure et de l’accompagnement des entreprises résidentes, tout en gérant la présélection des entrepreneurs qui passeront devant notre comité de sélection présidé par la mairie de Bordeaux. Je travaille également en coopération avec l’équipe d’animation et de communication. Enfin, en grande partie, ma mission consiste à développer l’écosystème autour du Campement, en fédérant des partenaires clés pour soutenir les campeurs dans leur croissance et des experts pour accompagner au mieux le développement des entreprises.
Clotilde : Tu accompagnes les entrepreneurs et entrepreneuses dès leur arrivée au Campement et durant toute la durée de leur hébergement (jusqu’à 3 ans pour certaines entreprises) : peux-tu nous expliquer en quoi consistes cet accompagnement ? (comment ça se passe, sur quel domaines les accompagnes-tu, quels sujets sont abordés…)
Céline : En ce qui concerne l’accompagnement, nous planifions et organisons chaque mois, avec l’équipe de communication, des ateliers sur différentes thématiques. Notre accompagnement couvre tous les sujets en lien avec le développement de l’entreprise : marketing, communication, développement commercial, modèle économique, stratégie, feuille de route de financement ou encore pilotage financier. Ce volet collectif prend la forme d’ateliers qui ont lieu environ deux fois par mois.
En parallèle, je sers de fil rouge à travers l’accompagnement individuel. Je suis les entrepreneurs pendant toute leur présence au Campement et je mobilise des experts pour les aider sur des problématiques spécifiques (acquisition, levée de fonds, recherche de subventions, pilotage financier, développement commercial…). Ces sujets très précis sont abordés directement en rendez-vous individuel entre l’entreprise et l’expert. Mon rôle est d’orchestrer tout cela pour m’assurer que chaque entrepreneur bénéficie d’un suivi sur mesure, adapté aux questions qu’il se pose au moment où elles surviennent. Au final, chacun a une feuille de route d’accompagnement spécifique qui correspond à ses besoins et à son rythme.
Enfin, il y a la dimension « intelligence collective » pour faire bénéficier l’entrepreneur de la force du groupe. Cela passe notamment par le co-développement : un entrepreneur peut rejoindre un groupe durant sa présence au Campement pour partager des retours d’expérience et obtenir le soutien de ses pairs, le tout animé par un coach externe. Nous organisons aussi des temps forts comme les « Crunchs », des moments où les entrepreneurs se rencontrent pour échanger autour d’une de leurs problématiques ou, à l’inverse, partager leur propre expertise.
Clotilde : Quels sont les défis ou les questionnements qui reviennent le plus souvent chez les entrepreneurs que tu accompagnes ?
Céline : Concernant les questionnements et les défis qui reviennent le plus souvent, j’en identifie principalement quatre :
Le premier est lié à l’ADN même de nos structures. Comme toutes nos entreprises ont une raison d’être forte et adressent un enjeu des transitions, elles doivent constamment chercher l’équilibre pour développer un modèle économique pérenne. Il y a souvent des tiraillements sur la manière de concilier cette raison d’être avec le besoin de croissance et de rentabilité, sans que le développement commercial ne vienne empiéter sur le socle de valeurs de l’entreprise (dans le choix des fournisseurs ou des clients ciblés, par exemple).
Le deuxième défi concerne la structuration de la croissance. Les entreprises entrent à la pépinière assez jeunes — elles ont moins de trois ans. L’enjeu est de réussir à trouver leur marché et à développer leur chiffre d’affaires de manière assez convaincante pour franchir un premier stade de développement. Cela doit leur permettre de structurer l’activité et de recruter pour que les équipes prennent le relais et que le dirigeant ne s’éparpille pas sur trop de sujets à la fois.
Le troisième enjeu, c’est évidemment le financement de cette croissance, surtout dans une période où les financements publics se font plus rares et où les fonds privés sont plus difficiles à obtenir.
Enfin, le quatrième défi est très humain : c’est la posture du dirigeant et la gestion de sa charge de travail. Comment garder le cap et son équilibre personnel ? Comment éviter le surinvestissement sur une trop longue période pour réussir à durer dans le temps ? L’idée est de sortir du mode « sprint » permanent pour trouver un rythme de travail soutenable, tout en sachant s’entourer des bons salariés, partenaires, fournisseurs et financeurs pour faire grandir l’entreprise.
Clotilde : Le Campement intervient à une étape clé : le développement de l’entreprise. Selon toi, pourquoi l’accompagnement est-il crucial à ce moment précis du parcours ?
Céline : C’est une étape très différente de la première phase, où l’entrepreneur passe de son idée au lancement commercial de son offre. Cette étape suivante demande un second souffle, et pouvoir se reposer sur une structure à ce moment-là est particulièrement précieux, d’autant que la phase de lancement a déjà demandé énormément d’énergie.
Passer en phase de croissance et de développement commercial, trouver son marché et s’y positionner de manière plus structurée, cela exige des compétences extrêmement larges. Ce sont des expertises que les entrepreneurs ne peuvent pas toutes détenir eux-mêmes. Le fait de bénéficier de notre réseau d’experts au Campement leur permet de faire appel à des spécialistes sur des sujets très précis pour accompagner efficacement leur croissance.
Si l’entrepreneur devait solliciter et financer ces experts par ses propres moyens, ce serait inaccessible pour beaucoup d’entre eux. Le panel d’expertises nécessaires pour croître est vaste, et il est difficile pour un dirigeant de tout maîtriser ou de tout identifier seul. Au Campement, nous leur permettons d’avoir accès à ces compétences clés, sans qu’ils aient besoin dans l’immédiat de recruter, de se former ou de faire appel à des freelances.
Clotilde : Un conseil que tu aimerais partager aux entrepreneurs (ou le conseil que tu as le plus partagé lors de tes accompagnements !)
Céline : Mon conseil, c’est de ne pas foncer tête baissée en pensant qu’il faut tout donner sur les prochaines semaines ou les prochains mois. L’entrepreneuriat est un processus long, qui s’apparente plutôt à une succession de marathons. Il faut savoir trouver son propre rythme, comprendre dans quelle temporalité on se situe pour savoir quand poser un peu les choses et, à l’inverse, quand donner un coup de collier ou se surinvestir. L’essentiel est de bien gérer son énergie pour éviter de s’épuiser trop vite et s’assurer que l’on pourra s’investir durablement dans le temps.


